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Le corridor de Lobito : un nouvel axe dans la course aux minerais critiques

Au cœur de la Copperbelt, le corridor de Lobito relie les zones minières d’Afrique centrale à l’Atlantique. Un nouvel axe dans la compétition pour les minerais critiques, avec des implications directes pour la RDC et la région.

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Le corridor de Lobito est un nouvel axe d’exportation pour les minerais de l'Afrique centrale'.
Le corridor de Lobito est un nouvel axe d’exportation pour les minerais de l'Afrique centrale'. / Financial Africa

Depuis le sud-est de la RDC, en passant par la Zambie jusqu'au port de Lobito, en Angola, sur l’océan Atlantique, le corridor de Lobito s’inscrit dans un axe logistique majeur. Le corridor de Lobito, long d’environ 1 300 km, emprunte en grande partie le chemin de fer de Benguela, qui traverse l’Angola d’est en ouest. Ce projet est devenu l'un des axes les plus suivis d'Afrique centrale, au croisement des ressources critiques et des rivalités géostratégiques.

Il relie directement la Copperbelt, une région qui concentre une part importante de la production mondiale de cuivre et de cobalt. La RDC en est l’un des principaux acteurs et assure environ 70 % de la production mondiale de cobalt. Ce métal est notamment utilisé dans la fabrication des batteries qui équipent les véhicules électriques, tandis que le cuivre reste essentiel aux réseaux électriques et aux infrastructures industrielles. Ces ressources occupent une place centrale dans les technologies liées à l’énergie et au numérique. Leur production et leur transport prennent une importance croissante dans l’organisation des chaînes d’approvisionnement.

Une nouvelle configuration logistique

Depuis les années 2000, la Chine occupe une position importante dans le secteur minier de la sous-région, à travers des investissements dans les mines et le financement d'infrastructures. Ces investissements ont notamment permis la réhabilitation de la ligne ferroviaire utilisée par cet axe, après plusieurs décennies d'interruption. Une part significative des minerais congolais est ainsi intégrée à des chaînes de valeur liées à des entreprises chinoises, et leurs exportations transitent principalement par des corridors orientés vers l'océan Indien, notamment via Dar es Salaam et Durban.

Cette organisation des flux conduit les États-Unis, l’Union européenne et la Banque africaine de développement à soutenir le corridor de Lobito afin de sécuriser leur accès aux minerais critiques et de réduire leur dépendance aux circuits dominés par des acteurs chinois. En 2023, ce soutien se formalise par un partenariat avec l’Angola, la RDC et la Zambie pour organiser cette liaison entre les zones minières et le port de Lobito, dans un programme de financement estimé à 1,6 milliard de dollars.

Lors de sa visite en Angola, le président américain Joe Biden a promis 600 millions de dollars supplémentaires au projet du corridor de Lobito.
Lors de sa visite en Angola, le président américain Joe Biden a promis 600 millions de dollars supplémentaires au projet du corridor de Lobito. / The Africa Report/ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Il ouvre une voie vers l’océan Atlantique et, pour certaines zones, réduit les distances de transport. Au-delà de l’infrastructure, il modifie l’organisation des flux et des partenariats économiques dans la région.

Pour la RDC, il représente une option supplémentaire pour l’exportation des minerais, avec des effets possibles sur les coûts et les délais. Il engage également la Zambie et l'Angola dans une reconfiguration des circuits d'exportation à l'échelle sous-régionale.

Des limites à prendre en compte

Les infrastructures de transport mobilisées par le corridor se situent en grande partie en Angola. Cette configuration limite la maîtrise de l'axe par les principaux pays producteurs de minerais de la sous-région, en particulier la RDC et la Zambie, qui dépendent d'infrastructures situées hors de leur territoire. Elle réduit aussi les retombées économiques indirectes pour ces pays, notamment en matière d'emplois, d'activités liées au transport et de développement des territoires traversés.

À cette dépendance logistique s'ajoute un autre enjeu économique. L'exportation de minerais sous forme brute ne modifie pas en elle-même la structure des économies concernées. Sans transformation locale, la valeur ajoutée reste concentrée en dehors de la région.

À retenir

Le corridor de Lobito relie les zones minières d’Afrique centrale à l’océan Atlantique et modifie l'organisation des routes d'exportation des ressources.

Le partenariat de 2023 entre les États-Unis, l'Union européenne, la Banque africaine de développement, l'Angola, la RDC et la Zambie a rendu explicite la dimension géopolitique du projet : diversifier les circuits d'approvisionnement en minerais critiques face aux acteurs chinois installés dans la sous-région.

Pour la RDC et ses voisins, il élargit les options logistiques disponibles. Ses effets concrets dépendent des conditions de gestion des infrastructures, des contrats conclus avec les partenaires extérieurs et de la capacité des pays producteurs à transformer leurs ressources sur place plutôt qu'à les exporter brutes.