Afrique | Économie
Combien coûte réellement un kilomètre de route en Afrique ?
Un kilomètre de route peut coûter quelques centaines de milliers de dollars. Il peut aussi dépasser plusieurs millions. Pourquoi de tels écarts ? Que disent réellement les chiffres sur un sujet qui revient régulièrement dans le débat public, lorsque les coûts augmentent fortement ou paraissent difficiles à expliquer ?

Un kilomètre de route peut coûter quelques centaines de milliers de dollars. Il peut aussi dépasser plusieurs millions. Le chiffre interpelle souvent, mais il ne dit pas grand-chose sans contexte.
Dans plusieurs pays africains, le débat revient régulièrement : pourquoi des routes comparables semblent-elles parfois coûter beaucoup plus cher qu'ailleurs ? Pourquoi certains projets voient-ils leur facture augmenter fortement ? Et comment distinguer un chantier réellement complexe d'un projet dont le coût continue d'interroger ?
Les routes coûtent cher partout dans le monde. Mais il n'existe pas de prix unique du kilomètre de route. Les coûts varient selon le type de projet, les standards techniques, le relief, les matériaux utilisés, les ouvrages inclus ou encore les contraintes locales. Une route rurale à deux voies, une autoroute urbaine, un axe côtier ou un projet intégrant ponts, drainage et expropriations ne relèvent pas du même chantier.
Le débat s'intensifie surtout lorsque des projets similaires affichent des coûts très différents ou que les montants évoluent fortement sans explication facilement accessible au public.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), les pays perdent en moyenne un tiers des dépenses d'infrastructure à cause d'inefficiences liées à la gouvernance, à la sélection des projets, à la supervision et aux mécanismes de passation des marchés. Ces pertes peuvent parfois dépasser 50 %. L'institution estime aussi qu'une meilleure gouvernance pourrait permettre d'en récupérer plus de la moitié.
RDC : le débat des montants et des résultats visibles
En RDC, la question est régulièrement soulevée dans le débat public, notamment autour des grands axes nationaux. Pourtant, les données détaillées sur le coût par kilomètre ne font pas l'objet d'une consolidation publique systématique.
Le contraste entre les budgets annoncés et l'état du réseau nourrit aussi les interrogations. Selon des documents récents de la Banque mondiale, le réseau routier prioritaire de la RDC couvre environ 58 000 km, dont seule une faible part est asphaltée. Les routes revêtues représenteraient environ 3 % du réseau.
En 2022, un programme de 750 millions de dollars soutenu par la Banque mondiale a été lancé pour moderniser environ 440 km de routes résilientes au climat dans le Kasaï et le Nord-Kivu, avec d'autres composantes comme la fibre optique et des réformes institutionnelles. Ces montants ne permettent pas d'isoler un coût par kilomètre, car ils couvrent davantage que les seuls travaux routiers.
Dans un pays continent où certaines provinces perdent l'accès routier une partie de l'année, beaucoup s'interrogent sur l'écart entre les budgets annoncés et les résultats visibles sur le terrain.
Angola : des coûts élevés observés dans une étude de la Banque mondiale
Un cas souvent cité concerne l'Angola. Une étude de la Banque mondiale sur les infrastructures africaines, publiée au début des années 2010 à partir de données d'une période antérieure, relevait des coûts routiers particulièrement élevés sur certains axes nationaux angolais, autour de 2,5 millions de dollars par kilomètre dans les cas étudiés.
L'étude signalait aussi une concurrence limitée dans certains marchés publics. Ces observations concernaient une période précise et ne décrivent pas automatiquement les projets actuels. Elles continuent néanmoins d'alimenter les discussions sur la transparence et l'efficacité de la dépense publique.
Ouganda : des écarts questionnés publiquement
En Ouganda, une commission parlementaire chargée des comptes publics a publiquement interrogé d’importants écarts de coûts observés sur certains projets routiers urbains. Dans les cas examinés, la réhabilitation d'une route de 1,37 km à Arua coûtait environ 3,8 millions de dollars, contre environ 1,4 million pour un kilomètre de route à Mbarara. Des parlementaires ont jugé ces écarts difficiles à justifier publiquement.
Nigeria : une autoroute à très haute facture
Au Nigeria, le ministère des Finances a annoncé en 2025 la mobilisation d’un prêt syndiqué de 747 millions de dollars pour financer la première phase de l'autoroute côtière Lagos-Calabar, longue de 47,47 km.
Rapporté au linéaire, cela représente environ 15,7 millions de dollars par kilomètre.
Ce chiffre paraît élevé. Le projet porte toutefois sur une infrastructure côtière exposée à des contraintes techniques spécifiques. Il ne correspond donc pas à une route standard à deux voies.
Kenya : un projet autoroutier sous concession
Au Kenya, l'autorité nationale des routes (KeNHA) pilote un projet d’élargissement autoroutier entre Nairobi et Mau Summit évalué à environ 1,5 milliard de dollars. La première phase, de 139 km, représente environ 863 millions de dollars, tandis qu'une seconde phase de 94 km est évaluée à 678,56 millions de dollars. Rapporté au linéaire, cela représente environ 6 à 7 millions de dollars par kilomètre, dans un modèle de concession intégrant les coûts de financement sur plusieurs années.
À retenir
Comparer le coût d'un kilomètre de route est un exercice délicat. Tous les projets ne couvrent pas les mêmes réalités. Certaines routes intègrent des ponts, du drainage, des échangeurs ou des coûts de financement importants, alors que d'autres concernent des tronçons plus simples ou des travaux de réhabilitation.
Mais lorsque des projets comparables affichent des coûts très différents, que les montants augmentent fortement en cours de chantier ou que les écarts peinent à être expliqués publiquement, des interrogations émergent sur l'efficacité de la dépense publique et les résultats concrets obtenus sur le terrain. Dans plusieurs pays africains, ce débat dépasse désormais le seul coût d'un chantier.
Les données publiées sont fragmentaires et peu comparables. Lorsque les chiffres échappent à la compréhension du public, la confiance s'érode et les questions reviennent.
Sources : Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, Federal Ministry of Finance (Nigeria), Kenya National Highways Authority (KeNHA), Committee on Public Accounts (Parlement de l'Ouganda), études sur les infrastructures africaines.



