Afrique | Géopolitique
Les sommets « Afrique + 1 » : un format de plus en plus contesté
À intervalles réguliers, des dizaines de chefs d'État africains se retrouvent dans une même capitale étrangère pour négocier avec un seul partenaire. Un format qui produit des accords, mais dont l'image fait débat sur le continent.

Quand un continent rencontre un État
À intervalles réguliers, des dizaines de chefs d’État africains se retrouvent dans une même capitale étrangère pour un sommet avec un partenaire extérieur. Chine-Afrique, États-Unis–Afrique, Russie–Afrique, Japon–Afrique, Inde–Afrique ou, historiquement, France–Afrique figurent parmi les formats les plus connus.
Ces rencontres débouchent souvent sur des annonces économiques ou sécuritaires, parfois suivies d’accords concrets.
D’un partenaire à l’autre, la logique change peu. Un État, ou un groupe d’États partenaires, reçoit plusieurs dirigeants africains autour d’une même table.
Cette approche aide-t-elle les pays africains à défendre réellement leurs intérêts, ou projette-t-elle une image diplomatique qu’une partie de l’opinion africaine accepte de moins en moins ?
Une image qui dérange
Les reproches adressées à ces sommets portent rarement sur les partenariats eux-mêmes.
Peu contestent que les États défendent leurs intérêts. Ces sommets répondent aussi à des objectifs économiques et stratégiques bien identifiés.
Le malaise tient davantage au format.
Lorsqu’un seul pays reçoit plusieurs dizaines de chefs d’État africains dans sa capitale, certains y voient une hiérarchie implicite entre le pays hôte et plusieurs dirigeants souverains réunis à son invitation.
Cette lecture reste particulièrement sensible dans un continent où le passé colonial continue de peser sur les perceptions.
Le lieu des rencontres alimente aussi ce ressenti. La plupart de ces sommets se tiennent hors du continent, dans des capitales comme Pékin, Washington, Moscou, Tokyo, Bruxelles ou Paris, parmi d’autres. Pour certains observateurs africains, cette géographie diplomatique peut donner le sentiment d’un continent davantage invité à venir négocier qu’à fixer lui-même l’agenda.
L’Afrique occupe aujourd’hui une place plus importante dans plusieurs équilibres géostratégiques mondiaux. Voir plusieurs dirigeants africains se déplacer vers une seule capitale étrangère paraît dès lors en décalage avec cette évolution.
Des résultats qui tempèrent le débat
Ces rencontres permettent des échanges diplomatiques rapides et peuvent faciliter certains investissements ou partenariats.
Plusieurs gouvernements africains y voient aussi un moyen d’accéder directement à des décideurs politiques et économiques difficiles à mobiliser autrement. Aucun État n’est contraint d’y participer, et certains utilisent la concurrence entre partenaires étrangers pour élargir leurs marges de manoeuvre.
Le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) a coïncidé avec une forte augmentation des financements chinois dans les infrastructures en Afrique. Le sommet États-Unis–Afrique organisé à Washington en 2022 a débouché sur des annonces d'investissements publics et privés de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Le malaise que suscitent ces sommets tient moins aux accords qu’à l’image qu’ils projettent : celle d’un rapport de force dont plusieurs observateurs africains jugent la symbolique défavorable au continent, même lorsque ses partenaires extérieurs ont eux aussi beaucoup à gagner.
Reste à savoir quel changement d'approche suffirait à modifier cette image.



